Les Indiens Anasazi

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Kokopelli, dieu adoré par les Anasazis

Kokopelli, dieu adoré par les Anasazis

Une civilisation s’est développée pendant des siècles avant de disparaître dans le parc national de Mesa Verde, dans le Colorado aux Etats-Unis. On ignore comment ce peuple s’appelait lui-même faute de textes anciens, mais les Navajos l’appellent Anasazi (« anciens ennemis » ou plus largement « anciens »).
De nombreux vestiges de ce peuple on été retrouvés dans la région, en particulier le site de Cliff Palace, cité creusée entièrement dans une falaise au moment de leur apogée.
Cependant, les Anasazis restent très méconnus, on suppose que ce peuple a des origines remontant à la préhistoire, et de nombreux indices laissent à penser que leurs connaissances en astronomie étaient assez évoluées.

 

(re)Découverte

Cliff Palace

Cliff Palace

Le 18 décembre 1888, trois ranchers du Colorado sont à la recherche de leur bétail. A l’approche du canyon, et gênés par la neige, ils mettent pied à terre. L’un d’eux, Richard Wetherhill, voit quelque chose en contrebas, abrité dans une immense cavité : des constructions en ruines. Intrigués, les trois hommes décident de descendre voir. Ils découvrent un assemblage de plusieurs habitations, dont certaines à plusieurs niveaux, des plates-formes, une véritable petite ville nichée au creux du roc, à l’abri de la vue de ceux se trouvant sur le plateau. Wetherhill parle alors de « palais de la falaise », c’est Cliff Palace.

Après cette découverte, les véritables fouilles débutèrent avec l’explorateur suédois Gustaf Nordenskiöld, qui entreprit une étude archéologique très précise du site. Le  climat particulièrement aride permit de récupérer de nombreux objets de la vie quotidienne ainsi que des ossements des habitants de la ville, ce qui donna les premières indications quant au mode vie des Anasazis.

L’existence du plateau était connue depuis 1859, date à laquelle le professeur John Strong Newberry entreprit une expédition pour le compte de l’armée américaine. Il avait fait état d’un vaste plateau de 2 600 mètres d’altitude. En 1874, un photographe du Geological and Geographical Survey of the Territories, William Henry Jackson découvrit un abri troglodytique dans la falaise. La région avait alors suscité la curiosité sans que les recherches soient véritablement poussées.

Après le classement de Mesa Verde (la « Table Verte ») au statut de parc national en 1906, les fouilles s’intensifièrent dans la région. De nombreux vestiges furent mis au jour, et le mystérieux peuple à leur origine fut baptisé Anasazi.
On estima la construction de Cliff Palace aux alentours du XIIème siècle, et que la ville abrita jusqu’à 250 personnes. Ce sont en tout près de 4000 sites qui furent identifiés à Mesa Verde, dont 600 habitations troglodytiques.

Histoire et culture

Vannerie Anasazi : Urne tressée

Vannerie Anasazi : Urne tressée

L’histoire des Anasazi a eu pour cadres successifs les plateaux du sud de l’Utah et du Colorado, ainsi que ceux de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. Le peuplement de Mesa Verde dans les premiers siècles de notre ère reste encore mystérieux. Ce peuple ne connaissait ni l’écriture, ni la roue, ni la monnaie, et ne maîtrisait pas les techniques de métallurgie, ce qui laisse supposer une origine préhistorique.

On peut retrouver les premières traces de cette civilisation en remontant 20 000 ans en arrière, les premiers Paléoindiens se sont peu à peu sédentarisés jusqu’aux environs du IVème siècle de notre ère, donnant naissance au peuple Anasazi. Jusqu’au VIIème siècle, l’agriculture va se développer autour du maïs et des courges, tout en restant associée à une forte tradition de chasse et de cueillette. Les Anasazis se spécialisent dans le travail de l’os, mais également la céramique et surtout la vannerie (voir ci-contre), qui leur valurent le nom de Basket Makers (« fabricants de paniers »).

Kiva

Kiva

A partir des années 700, les premiers villages apparurent, constitués d’habitations rectangulaires en pierre, remplaçant efficacement les « jacal », maisons primitives creusées à même le sol. On parle de phases Pueblo I, II et III, la dernière correspondant à la construction de complexes architecturaux. Des bâtiments dédiés au culte font également leur apparition. On parle de « kivas », vastes structures souterraines dédiées aux cérémonies.

Concernant les croyances Anasazis, on sait peu de choses. On ignore si un clergé structuré régissait la vie des habitants, mais on pense que certaines personnalités se livraient à des rituels visant à provoquer des visions (des graines de datura, une plante toxique pouvant provoquer des hallucinations, ont été retrouvées sur les différents lieux de culte). Les Anasazis ne maîtrisant pas l’écriture, les principales traces qui nous sont parvenues sont des pétroglyphes, laissés un peu partout sur les falaises en grès, et qui représentent des scènes de la vie quotidienne (chasse, agriculture, traditions), mais également des indications sommaires sur l’emplacement de villages, ou de sources. Certains présentent des spirales (soleil, temps), ou des représentations directes des dieux et esprits qu’ils vénéraient. On connait principalement le dieu Kokopelli (symbole de fertilité, de joie, de longue vie), représenté par un joueur de flûte bossu, ainsi que les kachinas, esprits invisibles censés protéger la population. On peut rapprocher leur religion à l’animisme. Des traces de cannibalisme rituel furent également retrouvées.

Peu à peu, les Anasazis se mirent à habiter des troglodytes, sans doute pour se protéger, en bénéficiant d’un accès escarpé rendant les attaques difficiles.

À partir de 1300, le peuple Anasazi commença à abandonner les lieux. On ignore la raison exacte mais on suppose que a sécheresse  survenue à la fin du XIIIème siècle poussa les populations à se disperser.

 Le mystère Anasazi

Dague solaire Anasazi

Schéma de la "Dague solaire" Anasazi (cliquez pour agrandir)

La plupart des interrogations résident dans le fait que ce peuple, si primitif soit-il sur de nombreux, disposait de solides connaissances en astronomie. Nombre de pétroglyphes retrouvés tendent à démontrer ce savoir.

Conscience du temps

A Chaco Canyon au Nouveau-Mexique, on a découvert trois blocs de grès imposants finement rapprochés pour ne laisser passer que deux minces rayons de soleil. A travers ces fentes la lumière vient frapper le mur sur lequel sont gravées deux spirales. Cet astucieux système indique très précisément les solstices d’été et d’hiver, mais également les équinoxes en mars et en septembre. Ce système, appelé une « dague solaire » peut être considéré comme un calendrier.

Témoins privilégiés d’un phénomène astronomique

En 1054, une supernova explosa et fut visible en plusieurs endroits du monde. Elle fut par exemple relevée par les astronomes chinois, mais aussi arabes, par sa facilité à être observée à l’œil nu. Le rémanent de l’étoile défunte forme la nébuleuse du crabe, dans la constellation du Taureau. Ce phénomène céleste n’a probablement pas échappé aux Anasazis comme en témoignent ces peintures découvertes en 1972 sous une falaise de Chaco Canyon (cliquez pour agrandir) :

La supernova de 1054 ?

La supernova de 1054 ?

En effet, on peut y apercevoir un croissant inversé, une main, un dessin en forme d’étoiles hérissée de branches, ainsi qu’un point entouré de deux cercles (flèche). En 1979, la NASA a reconstitué la configuration de la voûte céleste la nuit supposée de l’explosion de l’étoile, que l’on situe aux alentours du 5 juillet. La Lune y apparaît croissant inversé, à quelques degrés à peine de la nébuleuse. L’objet pointé par la flèche sur le dessin représente le Soleil, car le phénomène a pu être observé en plein jour à cette période. Les Anasazis ont donc retransmis ce qu’ils avaient vu.

Un réseau routier déroutant

Autre paradoxe de cette civilisation : ses routes. Les Anasazis avaient mis en place un immense réseau de chaussées reliant Chaco Canyon aux autres communautés. On peut penser à un lieu de pèlerinage qui expliquerait cette convergence. C’est en tout plus de 800 kilomètres de chaussées qui traversent le désert de façon totalement rectiligne. Les Anasazis n’hésitaient pas à surpasser l’obstacle, perçant la falaise ou construisant des rampes. Le plus surprenant est que certaines de ces routes n’aboutissent nul part, parfois sur un talus, ou se perdent en pleine nature. Pourquoi se donner alors autant de mal pour les concevoir, quand on sait les moyens techniques dont ils disposaient à l’époque, rappelons qu’ils ne connaissaient pas la roue… Une explication ésotérique voudrait que ces sentiers ait eu pour vocation de communiquer avec les esprits, dans l’espoir d’ouvrir une voie dans l’au-delà.

 

La civilisation Anasazi demeure un mystère dans son ensemble, de son apparition à sa disparition, et le peu d’indices dont nous disposons ne suffit pas actuellement de lever le voile sur un peuple dont nous ignorons jusqu’au nom véritable, avec une culture certainement plus riche que nous le pensons.

  • vero

    Il ne vous ai jamais venue l’idée que la raison pourquoi on sait si peu des Anasazis…c’est parce qu’ils ne sont pas les autochtones bruns que l’on imagine? Aucune peinture les représente comme des autochtones, c’est notre culture qui a pris par acquis qu’ils le sont…

    • Darwin_On_Line

      Tout est possible. L’hypothèse la plus plausible est un peuple qui aura migré après le déclin de sa civilisation.
      Qu’ils aient été autochtones ou non ne change pas grand chose, ils ont disparu dans les deux cas !