Le mécanisme d’Anticythère

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Le mécanisme d'Anticythère aux rayons X

Le mécanisme d'Anticythère aux rayons X

En 1900, deux caïques de pêcheurs d’éponge grecs en route vers l’Afrique du Nord, firent escale sur la côte nord-est d’Anticythère. Le 4 avril 1900, l’un des plongeurs découvrit par hasard une épave antique gisant par 62 mètres de fond. Il en remonta la main d’une statue en bronze. Les pêcheurs n’en modifièrent pas leurs plans pour autant, et ce n’est qu’au retour, à l’automne, qu’ils avertirent les autorités. Le gouvernement grec dépêcha aussitôt sur place des navires de sa marine de guerre, le 24 novembre 1900. Les opérations de renflouement de l’épave durèrent jusqu’en septembre 1901. De nombreuses statues et statuettes en bronze et en marbre en furent retirés, ainsi que des objets divers (instruments chirurgicaux, lyre en bronze, etc.).

Cependant, au milieu de toutes ces pièces rares, en 1902, un archéologue grec remarque d’étranges pièces. Il s’agit de roues dentées maintenues entre elles par les restes d’une structure de bois.

Que fait cet étrange mécanisme dans une cargaison datée de 80 avant notre ère ?

 

Un objet inattendu

Si la Grèce et la Rome antiques nous fascinent, ce n’est certainement pas pour leur technologie. Il faut bien reconnaître que dans ce domaine, ces civilisations n’étaient pas particulièrement avancées. En effet, l’aristocratie grecque était réputée pour son dégoût des techniques et arts appliqués souvent laissés aux esclaves.

Pourtant, le soin et l’adresse avec lesquels cette machine fut réalisée, ainsi que les connaissances nécessaires en mécanique et en astronomie, la placent au rang des énigmes helléniques mais aussi astronomiques ou mathématiques.

Nous n’avons retrouvé aucune autre machine ou invention prouvant une maîtrise quelconque du calcul des mouvements des planètes ou apparenté à un calendrier astronomique datant de cette époque.

Un mécanisme complexe

Tout d’abord, il est important de souligner que l’étude des inscriptions que cet objet a permis d’affirmer qu’il date bien d’environ 80 avant notre ère.
Débarrassé de sa gangue de calcaire et de corail, les scientifiques remplacent en 1958 les parties oxydées par le métal originel.
Les pièces de la machine sont ainsi reconstituées :

 

Comme il était impossible de démonter le disque sans l’endommager gravement et que d’autre part les moyens classiques, tel que la radiographie s’avéraient inadaptés, on passa l’objet au scanner à rayons X en 2002. L’équipe qui effectua les analyses indiqua dans une conférence de presse du 9 juin 2006 :

« La pièce grecque est beaucoup plus complexe que tous les astrolabes connus, puisque l’un des astrolabes les plus sophistiqués que l’on connaisse, conservé à Londres, au British Museum, ne comporte comparativement, que quelques engrenages et roues à dents. […] Quatre cadrans au moins (et non pas trois) indiquent les positions du Soleil et de la Lune, ainsi que, pour le plus petit des cadrans, les phases de notre satellite. […] Nous sommes sûrs aujourd’hui qu’il s’agissait d’une machine à calculer les mouvements du Soleil et de la Lune, peut-être aussi (nous n’en sommes pas certains) ceux de quelques planètes. »

Pour retrouver un engrenage aussi sophistiqué, il faut attendre les horloges astronomiques du XIVème siècle.

D’autre part, la forme des caractères se trouvant sur le côté de l’appareil, comparée à celles d’autres inscriptions de la même époque, conduit les experts à dater la pièce de la fin du IIème siècle avant notre ère. Ces inscriptions sont composées de plus de 2 200 lettres grecques. Ces lettres gravées sur le bronze très petites de 1,5 à 2,5 mm de hauteur sont plus ou moins érodées. Leur forme indique les alentours de 100 avant J.-C. .
Les inscriptions se divisent en deux types :

  • un texte astronomique « étrange » à l’avant du mécanisme (les mots Vénus, Hermès/Mercure, le zodiaque y apparaissent).
  • un « mode d’emploi » à l’arrière, combinant des indications sur les roues dentées, les périodes de ces roues et les phénomènes astronomiques.

Ce texte est déchiffré à 95%.

Donc, comment les artisans de la Grèce ancienne ont-ils pu fabriquer un mécanisme aussi précis avec la faible technologie qu’on leur attribue ?

Hypothèses

La découverte a suscité les hypothèses les plus extravagantes qui soient.

Mécanisme d'Anticythère reconstitué

Mécanisme d'Anticythère reconstitué

Pour certains, ce sont les restes d’un astrolabe, un instrument qui permet de mesurer la hauteur d’un corps céleste au-dessus de l’horizon. Pour d’autres, l’objet est plus récent et s’est retrouvé par hasard dans l’épave.
Cette dernière hypothèse va tout de même à l’encontre des datations effectuées.

La diversité des opinions ne convergent que sur un point : c’est un calculateur. Or en Occident, le premier calculateur connu fut celui que créa Pascal en 1641 (la Pascaline). Soit, pour Anticythère, une antériorité de 17 siècles. Ce qui pose nombre de questions :

  • Comment les Grecs, plus réputés pour leur culture littéraire que technologique, ont-ils pu réaliser un tel instrument, si en avance sur son temps ?
  • Quelle est son origine ? Un minorité de gens pense –sans preuves– à l’intervention d’extra-terrestre ou à un voyage dans le temps.
  • Comment une telle technologie a-t-elle pu se créer puis disparaître ?
  • Que se serait-il passé si cette technologie avait pu se répandre dans les civilisations gréco-romaine, puis médiévale ?

Cet objet, dont les caractéristiques ne correspondent pas avec le contexte technologique de la zone où il a été découvert présente donc des caractéristiques propres à un OOPArt (Out of Place Artifact : un objet dont la découverte ne correspond ni à la zone où il a été trouvé, ni à l’âge qu’on lui attribue). Cependant l’évocation par Cicéron de mécanismes analogues rend possible l’hypothèse de création par des individus ou des équipes maîtrisant parfaitement les connaissances astronomiques et les techniques mécaniques de leur époque.

Le mécanisme d’Anticythère pose donc plus de questions qu’il n’en résout.
L’hypothèse du génie solitaire est tentante mais même un génie se réfère à des acquis.

L’appareil décrivait donc les mouvements astronomiques… et c’est bien la seule certitude qu’on ait !