Le graal

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Un calice

Un calice

Des objets les plus convoités au monde depuis la nuit des temps, le Graal est sans doute le plus recherché et le plus mystérieux.
Selon la Bible, lors de la Cène, le Christ rompit le pain non levé de Pâques et dit, en le partageant avec ses apôtres : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous ; faites ceci en souvenir de moi».
Puis, après le souper, lorsque les apôtres passent la coupe de vin, il dit «Cette coupe est le nouveau testament dans mon sang, qui est versé pour vous. »
De ces deux phrases provient la tradition chrétienne de la communion, où le pain représente le corps du Christ et le vin son sang. Mais la coupe où burent Jésus et ses apôtres reste le centre d’un mystère dont on cherche la solution depuis bientôt 2000 ans.

La nature du Graal

À l’origine le mot « Graal » désigne un plat large et assez profond, un récipient creux. Une origine supposée est que le mot « Graal » viendrait du latin médiéval cratella, « vase » qui désigne, en ancien français, une coupe ou un plat creux. Pour d’autres, le mot « graal » ou « grasal » désigne un plat creux destiné à servir les viandes riches en jus. Le mot « gradal » était utilisé avec le sens de récipient creux aux usages divers en. Le mot graal est aussi trouvé avec ce sens en 1204.

La Cène

La Cène - Léonard de Vinci (1494-1498)

Il désigne aussi le Saint Calice dans la littérature médiévale au début de la chrétienté en occident. Dans cette littérature, le Graal est un objet symbolique : il représente le mystère du christianisme, où le fait de partir à sa recherche aboutit à une révélation personnelle de la lumière du Christ en remplacement du chaos initial. Depuis, le Graal a fait l’objet de nombreuses interprétations symboliques ou ésotériques et a donné lieu à de multiples illustrations artistiques.

La nature de cet objet légendaire a connu de nombreuses évolutions : pierre, coupe, etc. Sa forme de coupe résulterait initialement d’une évolution de la figure du chaudron du Dagda de la mythologie celtique. Ce chaudron, plein de sang bouillant, servait à conserver la «lance vengeresse», une arme capable de dévaster à elle seule des armées entières. Ce n’est qu’au début du XIIIème siècle que le récipient évoqué par Chrétien de Troyes se christianise : Robert de Boron l’assimile au Saint Calice des Évangiles (la coupe utilisée par le Christ lors de la Cène), donnant ainsi naissance au « Saint Graal ». Ancré dans la culture populaire, le Graal inspirera énormément d’œuvres. La lance vengeresse, elle aussi christianisée, est devenue la lance de Longin, le soldat qui a percé le flanc du Christ.

Une légende mystérieuse

Curieusement, les Évangiles ne font aucune allusion à la coupe de la Cène.

Joseph d'Arimathie

Joseph d'Arimathie (flèche) descendant le Christ de la croix - Le Pérugin

D’autres écrits chrétiens anciens, notamment celui de Robert de Boron, qui a écrit en vers une légende du Graal, rapportent qu’elle arriva dans les mains de Joseph d’Arimathie, un juif fortuné. Certaines légendes ajoutent même que Pilate y aurait puisé l’eau avec laquelle il s’est lavé les mains. Ce juif était peut être l’oncle de Jésus et fut celui qui descendit son corps de la croix. Au moment où Joseph préparait le mort pour l’ensevelissement, ou alors que Jésus se trouvait encore sous la croix, un peu de son sang aurait coulé dans la coupe, la transformant en objet saint, aujourd’hui appelé le Saint Graal.
Lorsque le corps de Jésus disparaît de sa tombe, les doyens juifs accusent Joseph de l’avoir volé. Ils le jettent en prison et l’y laissent mourir de faim. C’est là que le Christ lui apparaît et le fait gardien officiel du Graal. Durant son emprisonnement, Joseph est miraculeusement maintenu en vie par l’apparition journalière d’une galette dans la coupe, amenée dans sa cellule par une colombe.
Enfin libéré en 70 après J.-C., Joseph s’exile et parvient en Angleterre où, dit-on, il avait emmené Jésus enfant. Il fonde la première église chrétienne à Glastonbury dans le Sommerset, et certains croient qu’en cette province, quelque part, le Graal est encore caché.

Dans la légende de Joseph de Boron, Joseph d’Arimathée transmet le Saint Calice à son beau-frère (Hébron, ou Bron), époux de sa sœur (Enygeus), qui le transmet à son tour à son fils, Alain, qui le transporte aux Vaux d’Avaron, un endroit inconnu que certains interprètent comme étant l’île d’Avalon, elle même identifiée à Glastonbury.

Les interprétations

Le Graal a eu des interprétations diverses et variées. Nombre de penseurs lui ont donné une dimension spirituelle qui élargit encore le mystère autour de son existence.

Le Graal et les alchimistes

L’ouvrage de l’alchimiste Fulcanelli Le Mystère des Cathédrales donne du Graal une interprétation initiatique. La compréhension s’élargit à la seule condition d’avoir reçu une initiation maçonnique dans les règles de l’art. Les initiations ont pour but de réveiller des symboles cachés qui se transmettent de façon très particulière et souvent par la douleur. Le Graal existe mais dans le vécu de l’initié c’est quelque chose de tellement particulier et effroyable qu’on ne peut l’exprimer. Non pas dans le sens de la crainte d’un quelconque châtiment mais l’homme est en contact avec lui même. Il sait ce qu’il est et ce qu’il a été. Toute tentative d’explication est vaine ; plus il essaie d’expliquer, plus il est incompris au point de se sentir face à des juges.

Le Graal et les sciences

La quête du Graal a aussi un sens moderne beaucoup plus concret : il décrit un objectif difficilement réalisable, mais qui apportera au monde des nouvelles connaissances ou permettra une application originale sur la matière. Ainsi, en physique, on qualifie la théorie de grande unification (Théorie du tout) de «Graal des physiciens». Encore, la compréhension du mécanisme par lequel les gènes contrôlent la physionomie des organes serait le «Graal des généticiens».

Un objet symbolique

Les Chevaliers de la Table Ronde

Les Chevaliers de la Table Ronde, on voit le Saint Grall en son centre

Interprétation la plus plausible, on peut donner plusieurs significations au Graal :

  • C’est un objet caché : personne ne l’a vu et il n’aura réellement accompli son rôle qu’après avoir été retrouvé.
  • C’est un objet sacré aux pouvoirs puissants : seul un être pur pourra le trouver et en prendre possession. Selon certaines légendes, sa découverte annonce la fin des Temps Aventureux.
    Pourtant, tous les chevaliers le cherchent, et le monde n’aura de paix qu’après sa découverte, mais, paradoxalement, c’est à celui qui ne le cherchait pas qu’il sera donné de le trouver, selon Wolfram.
    On peut ainsi donner plusieurs interprétations à la quête des chevaliers : l’énergie dépensée et les épreuves rencontrées font grandir ou révèlent les qualités des chevaliers de la Table Ronde, éventuellement leur permettent d’en acquérir de nouvelles. Il s’agit donc d’une quête initiatique et de révélation personnelle.
    La recherche d’un objet sacré comme but dans la vie, et même au risque de sa vie, montre que la finalité peut être plus importante que sa propre existence : vision chrétienne de la vie terrestre, vécue comme un passage avant un monde meilleur. Le Saint Graal déposé par un chevalier au centre de la Table Ronde, lieu de rencontre des puissants du royaume, marque symboliquement l’instauration du christianisme grâce aux pouvoirs temporels (politiques ou militaires). Il montre aussi la primauté du religieux sur le temporel, puisqu’il justifie les efforts accomplis par les chevaliers.
  • L’ancienne civilisation celtique druidique puis moyenâgeuse païenne chaotique faite de magie, de sorcellerie et de superstition se termine pour laisser place à la civilisation chrétienne (humaniste).

De l’ésotérisme

Les sectes profitent de la fascination suscitée par le mystère du Graal. L’aspect magique et symbolique du Graal favorise l’interprétation ésotérique.
La Commission parlementaire sur les sectes en France a notamment identifié en 1995 le «Mouvement du Graal en France» (500 à 2000 adeptes selon les Renseignements généraux) et «L’Ordre du Graal ardent» (50 à 500 adeptes).

Interprétations allégoriques

Tombe de Jésus

Tombe de Jésus dans l'Église du Saint-Sépulcre (Jérusalem)

Dans les années 1980, Henry Lincoln, Michael Baigent et Richard Leigh donnent une interprétation allégorique toute personnelle du Graal dans leur essai L’Énigme sacrée. Selon eux, le Graal serait une métaphore pour désigner une descendance cachée qu’aurait eu Jésus, du fait d’une supposée union avec Marie-Madeleine. Saint-Graal serait en l’occurrence une déformation de Sangréal signifiant « sang royal », dans le sens de «lignée royale». Ce pourrait être aussi, par métonymie, Marie-Madeleine elle-même en sa qualité de «porteuse» de cette descendance (la fonction du Graal à «recueillir le sang du Christ» étant en cela censée arborer un statut de métaphore).

Cette interprétation sera notamment reprise par Lynn Picknett et Clive Prince pour leurs travaux publiés en 1997 sous le titre de La Révélation des Templiers, et par Dan Brown dans son roman Da Vinci Code où il laisse un hommage caché à Michael Baigent et Richard Leigh à travers le personnage de sir Leigh Teabing, Leigh étant le nom de l’un et Teabing, une anagramme de Baigent.
Une autre interprétation a été proposée par Jean Markale mais est controversée : pour lui le terme médiéval Sangréal peut se lire «San gréal» (saint Graal, la lecture habituelle) mais aussi «Sang réal» (sang royal), ce qui établirait un lien avec la dynastie du roi Pellès).

 

Le Graal a fait et fera couler encore beaucoup d’encre à son sujet, il existe toujours actuellement beaucoup de personnes encore à sa recherche. Peut-être est-il tout simplement l’inaccessible de l’Homme, le symbole de son but ultime. La question reste en suspens.